Coup de froid sur l’économie américaine

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•Le PIB a reculé de 0,7 % au premier trimestre en rythme annualisé.•La flambée du dollar fait chuter les exportations, la consommation déçoit.•La probabilité de voir la Fed relever les taux d’intérêt en
juin est quasi nulle.

Les Etats-Unis ont mal commencé l’année. L’économie a reculé de 0,7 % sur les trois premiers mois (en rythme annualisé), un chiffre qui contraste fortement avec ceux des deux trimestres précédents (+5 % et2,2 %). Le scénario a comme un air de déjà-vu. Depuis la crise financière, l’économie américaine ne peut s’empêcher de faire du yo-yo. Elle affiche un grand dynamisme pendant deux ou trois trimestres, avant de retomber comme un soufflé ensuite. Les trous d’air se font surtout sentir en hiver, quand le froid paralyse l’activité. Le pays a ainsi connu trois contractions depuis la fin de la crise, à chaque fois au premier trimestre (2011, 2014, 2015). De telles variations saisonnières sont normalement gommées des statistiques. Mais ce n’est visiblement plus le cas aujourd’hui. Le ministère de l’Economie promet de revoir ses méthodes de calcul. Le trou d’air du premier trimestre doit donc être relativisé : il tiendrait en grande partie à de mauvais ajustements saisonniers.

Quasi-plein-emploi

Les déceptions restent néanmoins nombreuses : malgré une situation de quasi-plein-emploi (5,4 % de chômage) et un pétrole bon marché, les Américains rechignent à dépenser leur argent. La consommation, qui reste le grand moteur de l’économie, a progressé d’un petit 1,8 %, loin des 4,4 % du trimestre précédent. « Qu’est-ce que les Américains ont bien pu faire des 800 dollars qu’ils ont économisés à la pompe ? C’est la question que tout le monde se pose », résume Thomas Costerg, chez Standard Chartered. Plutôt qu’aller dans les magasins, les ménages préfèrent réduire leur dette et épargner. Ce n’est pas le signe d’un grand optimisme : la confiance des consommateurs a d’ailleurs encore baissé en mai, selon une étude publiée vendredi par l’université du Michigan.

Les entreprises ne vont guère mieux. Leurs profits ont augmenté de 3 % au premier trimestre, ce qui constitue une réelle déception : voilà deux trimestres qu’ils ne cessent de décélérer. Les exportateurs font grise mine. La flambée du dollar rend leurs produits particulièrement chers aux yeux des Européens et des Asiatiques. La monnaie américaine a encore progressé de 11 % par rapport à l’euro ces trois derniers mois. « Le bénéfice d’un pétrole peu cher s’est tari. L’inconvénient du dollar fort, quant à lui, se fait pleinement sentir », résume Michael Gapen, économiste en chef chez Barclays. Les exportations ont effectivement plongé de 7,6 % sur les trois derniers mois, coûtant plus de 1 point de croissance au pays.

Ces mauvaises nouvelles anéantissent pratiquement tout espoir de voir la banque centrale américaine relever les taux d’intérêt au mois de juin. « Il faudra au moins quatre mois de reprise solide pour que la Fed prenne le risque d’augmenter les taux. Il ne faut donc rien attendre avant septembre », indique Ethan Harris, chez Bank of America (lire ci-dessous).

L. R.

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