Le fonds Renaissance traite mieux ses collaborateurs que ses investisseurs

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C’est à une situation peu commune à laquelle est confronté Renaissance technologies, le « hedge fund  » de 20 milliards de dollars fondé par James Simons. Comment garder la confiance de ses clients quand le fonds réservé depuis 1993 aux collaborateurs du « hedge fund », le fameux Medallion fund, est bien plus performant que les produits réservés aux investisseurs externes ? La situation ne date pas d’hier – le Medallion fund, lancé en 1998, a connu assez rapidement des performances exceptionnelles – mais, dans le contexte actuel bien moins porteur pour le secteur, ce grand écart de performance pourrait commencer à poser problème.

Lassés et déçus, des clients commencent à quitter le fonds. D’après « Euromoney-Institutional investor’s », Medallion a bondi de plus de 30 % en 2012 alors que les autres fonds de la société ont enregistré des rendements de -3 % à +9 %. Le « hedge fund  » spécialisé dans la gestion quantitative, qui gérait 30 milliards de dollars au printemps 2007, a multiplié les lancements de fonds mais sans jamais rencontrer le succès du Medallion, qui avait par exemple gagné 80 % en 2008.

A défaut d’attirer les clients, ce dernier attire les talents puisque certains collaborateurs de Renaissance auront l’assurance qu’une partie de leur salaire sera investi dans le fonds le plus performant de l’histoire. Contrepartie de taille, ils doivent, renoncer à travailler dans le secteur financier quand ils auront quitté le fonds afin de ne pas divulguer ses secrets de fabrication et recettes de succès.

En effet, quand il lance son « hedge fund » en 1982, James Simons recrute exclusivement des scientifiques de très haut niveau et surtout pas des professionnels de Wall Street, qu’il juge le plus souvent médiocres et peu loyaux. Car son ambition était de bâtir une organisation très ouverte et décentralisée où tous auraient un accès libre aux informations de la société, à ses méthodes et sources de valeur ajoutée. En revanche, rien ne devait filtrer à l’extérieur. C’est pourquoi il fut installé à Long Island loin des tentations de New York dans une ambiance décontractée plus proche de celle des campus que des salles de marché. Les chercheurs se réunissaient tous les mardis tandis qu’un membre de l’équipe de recherche proposait une nouvelle idée. Dans les jours qui suivaient, il était bombardé de questions par ses collègues. Ensuite, Brown et Mercer, deux anciens d’IBM et deux des éminences grises derrière le succès de Medallion avec Simons, décidaient ou pas d’accepter la proposition. Il s’agissait de détecter et de profiter d’une multitude de petites anomalies de prix et de cours sur tous les marchés.

Grâce à ses investissements massifs et continus dans des systèmes informatiques de pointe, Renaissance parvenait à analyser une grande masse de données et à obtenir les bons signaux d’achat ou de vente. « Le Medallion Fund est comme une formule 1, les clients n’auront jamais la chance de l’essayer, mais l’existence de cette machine alléchante les a longtemps encouragés à opter pour les « véhicules ordinaires » de Renaissance « , explique Sebastian Mallaby (1).

N. A.-K.

(1) « Plus riche que Dieu », Valor Editions.

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