Le marché mondial de l’art tiré par l’euphorie sur les oeuvres phares

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Certes, le rapport annuel Artprice-Artron 2014 rendu public demain ne reflète que la moitié du marché de l’art mondial puisqu’il se focalise sur les maisons de ventes aux enchères et exclut les galeries. De même, il occulte les arts décoratifs et le design, pour se concentrer sur les beaux-arts (peinture, sculpture, dessin…). Bref, il ne s’intéresse qu’à environ 40 % du marché de l’art. Mais ce segment est le plus dynamique, le plus spéculatif, le plus médiatique. Et justement, 2014 s’avère une nouvelle année record pour lui. « Le marché mondial du « fine art » atteint le résultat historique de 15,2 milliards de dollars aux enchères publiques, soit une croissance de 26 % par rapport à 2013. Un résultat en progression de plus de 300 % en une décennie », souligne Thierry Ehrmann, fondateur d’Artprice. Le nombre d’oeuvres adjugées reste relativement stable (505.000), mais la forte demande pour le haut de gamme, surtout en Occident, fait exploser les prix sur ce créneau.

La Chine reste la première puissance, mais avec un produit des ventes de 5,66 milliards de dollars, en baisse de 5 %. La peinture traditionnelle et la calligraphie, qui représentent 84,3 % du marché chinois, reculent de 3,9 %, et l’art contemporain plus encore, de 14 %. Challenger, les Etats-Unis progressent, eux, de 21 % et réalisent la meilleure année de leur histoire, avec 4,88 milliards de dollars d’oeuvres vendues aux enchères. Le Royaume-Uni, troisième avec 2,87 milliards de dollars, gagne 35 points, distançant la France (496 millions de dollars, en diminution de 10 %), désavantagée dans ce rapport par la non-prise en compte des arts décoratifs et du design, créneaux où elle excelle.

L’écart de part et d’autre de la Manche s’explique aussi par le fait que les lots les plus chers en Occident sont adjugés à New York et à Londres. Or, l’année 2014 affiche un autre record, celui du nombre d’enchères millionnaires : 1.679, quatre fois plus qu’il y a dix ans. Et 116 oeuvres ont dépassé les 10 millions de dollars, contre 18 en 2005.

Fait significatif, faute de chefs-d’oeuvre impressionnistes et modernes en quantité suffisante pour satisfaire la demande, les acheteurs misent de plus en plus sur les contemporains, y compris sur de jeunes artistes au bon « pedigree « , dont les prix peuvent doubler en deux ou trois ans. Le segment très haut de gamme est porté par une poignée d’Américains, Européens, Asiatiques, mais aussi d’acteurs du Moyen-Orient, d’Amérique latine et de Russie. Le développement des ventes en ligne élargit le marché, avec parfois des participants de près de 200 pays. Une mondialisation facilitée encore par l’Internet mobile. Même les « Silver surfeurs » de plus de 50 ans, collectionneurs à haut pouvoir d’achat, s’y mettent.

« Entre l’expansion géographique du marché, les facilités offertes par Internet, l’accroissement du réseau des grandes sociétés de ventes, la financiarisation du marché de l’art, la légitimation du statut social via l’acquisition d’oeuvres, la médiatisation, l’amour de l’art… toutes les conditions sont réunies pour que les prix croissent encore « , note le rapport.

@martiRDSuivre

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