Le PS en manque de doctrine

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Le Parti socialiste sort, semble-t-il, tout requinqué de son université d’été. Pourtant, à lire les discours, à suivre les décisions, on ne peut s’empêcher de penser que le processus de déconstruction se poursuit.

Il est vrai que Nicolas Sarkozy, avec un sens aigu du timing, n’a pas laissé le PS sortir de son coin. Dans la semaine qui a précédé l’université de La Rochelle, il a orchestré trois thèmes de gauche : celui de la moralisation du capitalisme d’abord, en imposant aux banquiers français de nouvelles règles de rémunération de leurs traders. Ces derniers avaient pourtant plaidé la mondialisation et le risque de délocalisation des opérateurs de marché : « Vous ne pouvez rien faire sans les autres. »Le président n’a pas cédé. Il est vrai qu’il n’avait guère le choix. Toute autre attitude le disqualifiait comme un beau parleur. Et, pendant le week-end, il en a rajouté une couche en levant le voile sur les mystérieux 3.000 comptes secrets réfugiés en Suisse.

Il a, ensuite, installé la Commission sur les priorités stratégiques d’investissement et l’emprunt national, dont la mission est de dégager ce que devraient être les dépenses d’avenir dans lesquelles les Français pourraient se reconnaître et qui formeraient le socle d’un nouveau contrat social. Le type d’une disposition de gauche qu’il a d’ailleurs confiée à Alain Juppé et Michel Rocard. Il manifeste enfin son rôle protecteur par la mobilisation du gouvernement dans le combat contre la grippe A. Paradoxe : les critiques viennent de deux professeurs de médecine classés plutôt à droite – une « grippette » disent-ils du haut de leur morgue mandarinale – quand les responsables socialistes de la santé emboîtent le pas de Roselyne Bachelot.

On comprend que, dans de telles circonstances, il soit difficile pour le PS de trouver la riposte, sinon dans la surenchère. Mais celle-ci, qui n’a pas fait défaut aux discours de La Rochelle, témoigne d’une dépendance idéologique. De fait, elle est double : à droite et à gauche.

A droite. Comment expliquer que Martine Aubry ait choisi de placer la rentrée du PS sous le signe d’une « offenvise de civilisation « , reprenant la « politique de civilisation » que Nicolas Sarkozy avait brandie lors de ses voeux de décembre 2007, au plus fort de la période « bling-bling », et qu’il a bien vite abandonnée devant l’incompréhension générale ? Mais le plus étrange est que l’« offensive de civilisation » prônée par Martine Aubry répudie le coeur de la doctrine socialiste traditionnelle – développer la production industrielle pour répartir mieux plus de richesses – au profit d’une vision inspirée de l’écologie sur la bonne et la mauvaise production. Dans son discours de clôture, elle va même jusqu’à dire : « Nous vivons l’ombre des Lumières. C’est l’idée même de progrès qui est épuisée. « De quoi faire retourner dans leurs tombes Condorcet et Jaurès.

De fait, le PS, dont les ténors économistes ont le plus souvent accompagné la mondialisation libérale sans en anticiper la crise, ne dispose plus d’un instrument de critique de l’économie contemporaine. Ce qui a fait la force du PS et lui a permis de devenir un parti de gouvernement, c’est qu’il avait, grâce au marxisme, une vision alternative de l’économie. C’est ce qui lui manque et qu’il pourrait utilement apporter aux Français. A défaut, il se trouve contraint à surenchérir sur le discours de la droite et de la gauche écologiste. Et se trouve contraint à se réfugier dans un discours sur la société qui faisait récemment dire à Philippe Sollers qu’il faudrait désormais parler d’un parti « sociétaliste « .Faute d’une critique de l’économie, le projet d’une « société décente », « postmatérialiste « que reprend Martine Aubry risque de n’apparaître que comme une manière d’aménager, d’humaniser un capitalisme mondialisé dont on a finalement renoncé à prendre la maîtrise.

Mais qui s’intéresse encore aux doctrines et à l’idéologie ? On retiendra surtout de la rentrée du PS que sa première secrétaire s’est ralliée aux tenants de « primaires  » pour désigner le candidat que les socialistes soutiendront, demain, à l’élection présidentielle. Une révolution sans doute, où le « socialisme » risque de laisser sa peau. Ce n’est pas le scénario héroïque envisagé par Bernard-Henri Lévy, d’un parti se refondant en décrétant lui-même la mort du socialisme. Mais cela y ressemble. Tout va désormais se passer dans les écuries des futurs candidats aux primaires. Le socialisme ne sera plus la doctrine ou le programme du Parti socialiste. Il vivra éclaté dans les propositions éclatées des différents prétendants. On peut augurer que, comme l’a montré l’expérience de Ségolène Royal, gagnera celui qui à gauche saura être le plus libre vis-à-vis du dogme. Sans doute une réelle chance de régénération pour la gauche, mais dont le « socialisme  » risque bien de faire les frais.

FRANCOIS EWALD EST PROFESSEUR AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET METIERS.

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