Les agences de voyages traversent une zone de turbulences

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Les Echos n° 21367 du 01 Février 2013 • page 19

¤ Le secteur subit la baisse de la consommation touristique. ¤ Il souffre également de la prudence des entreprises.


Le congrès annuel du Syndicat national des agences de voyages s’est ouvert hier dans un contexte difficile pour le secteur. Alors que la demande des consommateurs en matière de voyages à forfait reste déprimée, les entreprises, autre clientèle traditionnelle pour bien des agences, surveillent plus que jamais leurs dépenses. Le tout avec pour toile de fond le phénomène croissant de désintermédiation (c’est-à-dire l’achat en direct par le client de son voyage) avec Internet.


Publié hier, le dernier baromètre d’Atout France – bras séculier de l’Etat pour le tourisme – confirme que 2012 a été une mauvaise année pour la vente de produits touristiques. Le volume d’affaires des agences a globalement fléchi de 4,3 %, et le nombre de passagers de 5,1 %. Ce recul ne s’explique pas seulement par la désaffection pour certaines destinations depuis le déclenchement des printemps arabes : Atout France confirme ainsi la reprise sur la Tunisie (+13 % en volume d’affaires). Au global, le moyen-courrier est le segment le plus affecté avec un repli de 7,9 % en trafic et de 8,8 % en recettes.


Plans de réorganisation


Pour autant, l’année écoulée n’apparaît pas comme une année meurtrière. « 2012 a été paradoxalement une année moins dure que 2010 et 2011 », constate Emmanuel Toromanof, le secrétaire général de l’Association professionnelle de solidarité du tourisme (APST), qui fait office de garantie financière aux opérateurs qui en sont membres. Le montant des sinistres auxquels l’APST a dû faire face pour la période courant du 1er octobre 2011 au 30 septembre 2012 avoisine les 3 millions d’euros, à comparer à 5 millions en 2009-2010 et 2010-2011. Cette résistance s’explique par l’importance des petites entreprises et la légèreté de leur structure de coûts. L’actualité des derniers mois a surtout été marquée, d’ailleurs, par les plans de réorganisation chez les gros acteurs (Nouvelles Frontières, FRAM…).


Cela étant, comme le souligne un expert sous couvert d’anonymat, le secteur des agences de voyages « reste fragile alors que se conjuguent une conjoncture difficile et une mutation profonde ». A ce titre, les données d’Atout France, qui tient le registre national où sont immatriculés les opérateurs touristiques, sont plutôt éclairantes. Depuis le 1er janvier 2010, plus de 450 radiations ont été prononcées, et « elles touchent principalement les agents de voyages », souligne le directeur général de l’agence, Christian Mantei. En outre, ajoute-t-il, « plus de 60 % des radiations l’ont été sur la seule année 2012 », du fait, entre autres, de liquidations judiciaires ou de cessations d’activité. Autre constat intéressant : la réforme du secteur des agences de voyages, engagée en 2010, « n’a pas eu pour conséquence une ouverture significative ». A ce jour, sur quelque 7.000 opérateurs immatriculés, 24 % sont en effet nouveaux. De même, 56 % des opérateurs sont agents de voyages ou apparentés (3.972). « Le marché de la vente de voyages s’est stabilisé voire contracté », observe le directeur général d’Atout France.



Christophe Palierse

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