Les majors pétrolières sortent enfin de la crise

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« L’avenir est prometteur, mais il sera différent.  » En présentant mardi ses résultats semestriels, Bob Dudley, le directeur général du britannique BP, a bien résumé l’ambiance au sein des majors pétrolières : si, après avoir traversé l’une des crises les plus graves du secteur depuis vingt ans, les grands groupes pétroliers ont retrouvé le chemin des mégaprofits, c’est au prix d’efforts qui devront être soutenus encore quelques années.

Les majors occidentales ont affiché au premier semestre 2017 des résultats record depuis le plongeon du baril entamé mi-2014. BP a ainsi achevé, mardi, la ronde des publications avec un bénéfice net de 1,6 milliard de dollars, alors qu’il accusait une perte de 2 milliards l’an dernier. De même pour Royal Dutch Shell, ExxonMobil, Total, ou Chevron, qui ont affiché des taux de croissance ou des retournements spectaculaires (voir graphique ci-contre). « Une performance d’autant plus remarquable qu’elle concerne aussi bien l’amont (l’exploration-production) que l’aval (le raffinage, la pétrochimie, et la distribution) « , relève Baptiste Lebacq, analyste chez Natixis.

Les compagnies ont bien entendu bénéficié du rebond des prix du baril de brent, qui s’est élevé à 51,7 dollars en moyenne sur les six premiers mois de l’année, contre 39,8 dollars sur la même période de 2016. Mais la plupart ont aussi vu leur production de pétrole et de gaz recommencer à croître après plusieurs semestres de baisse ou de stagnation – grâce notamment au démarrage de projets engagés avant 2014. Chez BP, la hausse a même atteint 8 % (à 3,5 millions de barils équivalent pétrole par jour). Elle a été de 5 % chez Chevron (à 2,73 Mbep/j), de 4 % chez Shell (à 2,84 Mbep/j), et de 3 % chez Total (à 2,53 Mbep/j). Seul ExxonMobil a accusé une baisse, de 3 %, à 4 Mbep/j.

Dans le même temps, les majors tirent profit des efforts énormes de réduction des investissements et des dépenses opérationnelles, entrepris depuis trois ans. Elles ont ainsi considérablement réduit leur niveau de « Cash break-even « , c’est-à-dire le cours du baril nécessaire pour pouvoir assurer, grâce à la trésorerie générée par l’activité, le paiement des investissements et du dividende (même si plusieurs d’entre elles proposent toujours le paiement du dividende en actions). « Notre cash break-even est maintenant en dessous de 50 dollars le baril », a indiqué, mardi, Brian Gilvary, le directeur financier de BP.

Alors que le cours du baril, qui atteignait plus de 100 dollars en juin 2014, peine toujours à dépasser durablement la barre des 50 dollars, elles commencent à réaliser qu’elles vont devoir s’habituer durablement à un tel environnement. « Total a sans doute été la compagnie la plus visionnaire sur ce sujet », avance Baptiste Lebacq. Dès février 2015, son PDG, Patrick Pouyanné, disait souhaiter que le groupe soit durablement rentable, quel que soit le cours du pétrole, et il a réduit les coûts en conséquence. La plupart des autres compagnies lui ont, depuis, emboîté le pas.

Ben van Beurden, le patron de Shell, a même fait sensation la semaine dernière, en déclarant qu’il préparait le groupe à des prix du baril « bas pour toujours » (« lower forever »), en référence au leitmotiv entendu jusque-là sur les marchés pétroliers, d’un prix « bas plus longtemps » (« lower for longer »). Notamment, parce qu’un pic de la demande de pétrole pourrait survenir plus vite que prévu, avec la montée en puissance des véhicules électriques, a-t-il expliqué. Une menace qui, pour les autres, est encore lointaine.

En attendant, la part du gaz naturel continue de progresser chez les majors : elle a atteint 48,7 % de la production d’hydrocarbures chez Total, 42,5 % chez ExxonMobil et 41 % chez Shell. « Et cette part va encore augmenter : il y a énormément de ressources gazières à exploiter, en Méditerranée ou en Afrique de l’Est, par exemple « , conclut Baptiste Lebacq.

@afeitzSuivre

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