« Nous avons définitivement enterré le secret bancaire en matière fiscale »

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Régulièrement au coeur de polémiques financières, le Luxembourg cherche à redorer son image, à travers un plan assumé de « Nation branding « . L’un de ses porte-voix est l’association Luxembourg for Finance, partenariat public-privé entre le gouvernement et la fédération des professionnels du secteur financier. Son patron, Nicolas Mackel, explique pourquoi le Grand-Duché devrait rester malgré tout une place financière incontournable.

Après les LuxLeaks, les « Panama papers » sont un nouveau coup dur pour l’image du Luxembourg…
Les « Panama papers » présentent une photo très intéressante d’un passé récent, mais d’un passé néanmoins. Le Luxembourg s’est retrouvé à la une des journaux, alors même que, depuis 2014, nous avons définitivement enterré le secret bancaire en matière fiscale. Plus précisément, la situation actuelle ne correspond pas à l’image dépeinte par les « Panama papers  » : tout d’abord, ceux-ci couvrent une période qui démarre en 1977 sans que l’on voie toujours très bien de quand datent les sociétés offshore mises en place. Ensuite, les statistiques de l’International Consortium of Investigative Journalists (ICIJ) elles-mêmes indiquent une forte décrue du nombre de ces sociétés depuis quelques années.

Pour vous, ces pratiques appartiennent-elles donc au passé ?
Oui, car le Luxembourg s’est résolument engagé dans le camp de ceux qui veulent améliorer la transparence fiscale, que ce soit dans le cadre de l’Union européenne ou de l’OCDE. Depuis le 1er janvier 2016, détenir un compte au Luxembourg directement ou via une ou plusieurs structures offshore n’a plus aucune conséquence du point de vue fiscal. La banque doit en effet connaître le bénéficiaire économique des comptes, transmettre l’information sur ses avoirs à l’autorité fiscale nationale, qui elle-même l’échange automatiquement avec le pays de résidence de ce bénéficiaire économique. De plus, suite à la récente adoption de la quatrième directive antiblanchiment, nous allons créer un registre des sociétés qui révèlera les bénéficiaires économiques de toutes les sociétés.

Pour quelle raison certains clients recourent-ils encore à une société offshore ?
Les structures offshore qui existent encore aujourd’hui ne présentent plus aucun intérêt sur le plan fiscal. Certes, le prix de constitution -660 euros à peine – et la rapidité avec laquelle de telles sociétés peuvent être créées dans certaines juridictions restent encore imbattables. Mais elles seront sans doute beaucoup moins nombreuses à l’avenir.

Dans ces conditions, les banques privées risquent de perdre des clients…
Depuis 2009 – et la mise en place d’un échange d’informations sur demande – il est vrai que la clientèle des banques a évolué. Il y a dix ou quinze ans, 90 % des clients étaient français, belges ou allemands. Mais leur départ a été compensé par l’arrivée de nouveaux clients sophistiqués et internationaux organisant leur vie sur plusieurs pays. Ils cherchent l’expertise des banques privées capables de structurer leur patrimoine à travers plusieurs juridictions.

La place financière luxembourgeoise va-t-elle en souffrir ?
Au-delà des banques privées – qui ne sont qu’un secteur parmi d’autres – nous avons réussi depuis longtemps à devenir la place privilégiée pour les fonds d’investissement qui distribuent leurs produits à l’international. Le Luxembourg est un formidable bassin de compétences ou tous les acteurs de l’écosystème – juristes, banques dépositaires… – sont présents sur un petit espace. Trois langues de travail sont possibles : l’anglais, l’allemand et le français. Les fonds luxembourgeois sont admis à la distribution par les autorités de régulation de soixante-dix pays dans le monde. Les OPCVM luxembourgeois représentent par exemple 68 % des fonds commercialisés à Hong Kong et à Singapour. Mais cela ne s’est pas fait en un jour. Cela fait vingt-cinq ans que nous allons expliquer aux différents régulateurs étrangers pourquoi nos fonds sont conformes à leurs exigences. Et le succès des fonds distribués à partir du Luxembourg ne provient en rien d’un avantage fiscal : les sociétés d’investissement doivent même s’acquitter d’une taxe d’abonnement propre à notre pays ! Les autres domaines dans lesquels la place de Luxembourg est leader – cotation d’obligations, activités en renminbi – ne doivent rien non plus à des raisons fiscales.

Un éventuel Brexit sera-t-il une opportunité de renforcer encore votre position ?
Ce serait une vue à très court terme. Certes, si des institutions financières veulent garder un pied dans l’Union européenne (UE) dans un pays très anglophone, elles se tourneront assez naturellement vers le Luxembourg, mais nous ne sommes pas engagés dans un démarchage actif des entreprises londoniennes. Si le Royaume-Uni décide de quitter l’UE, celle-ci s’en trouvera fortement affaiblie, que ce soit d’un point de vue géopolitique ou économique. Or le Royaume-Uni est, comme nous, un exportateur net de services financiers en Europe. Il est un allié indispensable pour faire entendre la voix de ceux qui veulent préserver le bon fonctionnement du marché unique des services financiers. Notre intérêt stratégique est de le garder à nos côtés.

Guillaume Maujean, Edouard Lederer et Sophie Rolland

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