Un système français plus concentré pour une meilleure visibilité

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Quand la R&D booste la compétitivité

Les Echos n° 21157 du 02 Avril 2012 • page 10

« Contrairement à une idée bien ancrée, le système de recherche et d’innovation français n’est pas fondamentalement plus complexe que l’ américain ou l’allemand. Il est différent. » Le bilan dressé récemment par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) mérite une lecture attentive. Les auteurs, les députés Claude Birraux (UMP) et Jean-Yves le Déaut (PS), très familiers du monde de la recherche, ont visité quelques-unes des meilleures universités dans le monde. Objectif: découvrir les organisations les plus favorables à la valorisation d’une découverte de laboratoire en innovation intégrée dans un produit.

Leurs conclusions confirment la difficulté de cet exercice qui dépend d’une culture du risque (chez les chercheurs et les entrepreneurs), de dispositifs incitatifs (crédit d’impôt) et d’infrastructures de proximité adaptées aux start-up (incubateurs). « La réussite repose au départ sur la compétence d’un chercheur. Dans un deuxième temps, elle dépend de la capacité à passer du stade de l’idée à sa concrétisation sur un marché », précise le rapport. Entre le coup de génie initial du scientifique et le début de la production au stade industriel, il peut s’écouler plusieurs années pour le dépôt d’un brevet, la preuve de concept (confirmant la faisabilité du projet) et la recherche de plans de financement successifs. Cette maturation comprend une « vallée de la mort » fatale aux projets mal ficelés (voir graphique).

Lame de fond
Les deux élus font également un constat qui confirme la perte de compétitivité technologique de l’Hexagone . « Aucun des 25 produits de haute technologie les plus vendus en France n’est conçu ni fabriqué en France, alors que 40 % des produits les plus utilisés par la génération antérieure étaient conçus et fabriqués chez nous. Ceci indique la capacité défaillante de nos entreprises face aux besoins de la société. » Selon eux, la recherche publique française, actuellement en cours de concentration, oscille entre « innovation organisationnelle et mille-feuille institutionnel ». Longtemps morcelé entre de multiples structures de petite taille, il bénéficie d’une « lame de fond tant historique que globale » censée améliorer sa visibilité internationale et la taille critique de ses unités de recherche.

Les cinq nouvelles alliances de recherche thématiques (Aviesan, Allistene, Ancre, Allenvi, Athena) doivent ainsi autoriser une « meilleure coordination et une programmation des recherches plus efficace ». Les regroupements universitaires sous forme de pôles d’excellence (PRES) vont dans le même sens, même si la rapidité de mise en place a débouché parfois sur « des situations contre-productives ». C’est le cas du pôle grenoblois « englué dans des conflits internes ». C’est aussi la situation du pôle de compétitivité francilien Medicen centré sur la santé et les nouvelles thérapies. Malgré la qualité de son tissu scientifique, Medicen n’a pas réussi à fédérer les forces en présence dans la région parisienne, faute d’une gouvernance « claire et acceptée par tous les acteurs ».

A. P.

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