La production française de meubles a perdu 6.000 emplois en trois ans

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Les Echos n° 21367 du 01 Février 2013 • page 24

¤ Les effectifs ont chuté de 9 % dans le secteur en trois ans. ¤ Les fabricants de canapés d’entrée de gamme sont les plus touchés par la concurrence chinoise.

Les fabricants de meubles ont payé un lourd tribut à la crise. Entre 2008 et 2010, le secteur a perdu près de 6.000 emplois, soit 9 % de ses effectifs (source Esane). Le nombre de salariés a ainsi été ramené à 52.500, avec encore 12.500 entreprises. Capdevielle, Parisot, Cauval, qu’elles soient grandes ou petites, les sociétés ont été frappées de plein fouet par les restructurations. Et le sort d’autres est en attente.

Ce sont surtout les fabricants de canapés bas de gamme qui ont payé la note, heurtés par la concurrence chinoise. Une production très consommatrice de main-d’oeuvre. « Entre 2000 et 2011, le taux de croissance annuel moyen des importations de meubles venant de Chine, essentiellement des sièges, a bondi de 21,5 % », précise Jean-François Stordeur, le délégué général de l’Union des industriels français de l’ameublement (Unifa). En dix ans, la production de canapés a été divisée par deux dans l’hexagone, selon l’Institut d’études du secteur (Ipea). Toute l’Europe de l’ouest a été laminée, l’Allemagne, avec une entreprise comme Hukla, et l’Italie, avec Natuzzi, le numéro un mondial du canapés. Mais ces pays ont souffert dès 2005, plus tôt donc qu’en France. « L’industrie du siège a résisté plus longtemps dans l’hexagone, car elle était aux mains de groupes historiquement importants, qui avaient des accords avec les grands distributeurs comme Conforama, reprend le délégué général. La crise a précipité les choses. »

La concentration de la distribution joue aussi en défaveur des fabricants. Trois enseignes, But, Conforma et Ikea, détiennent à elles seules 40 % du marché en valeur. Un phénomène qui n’existe nulle part ailleurs. « Pour les fournir, il faut jouer en première division en termes industriels, avec une vraie chaîne logistique. Et avoir des investissements importants pour maintenir un niveau de prix correspondant à leurs exigences, reprend Jean-François Stordeur. Ce qui fait qu’il y a peu d’élus. »

L’écoconception, filière de développement

La crise en Europe a également malmené les fabricants tricolores, qui ont vu leurs commandes à l’exportation se réduire comme peau de chagrin. Leurs principaux débouchés étant jusque-là l’Espagne et le Royaume-Uni. En revanche, le tableau n’est pas totalement noir. Certains secteurs résistent, comme la cuisine, avec Schmidt et Mobalpa – le taux d’équipement en France est nettement inférieur à celui des autres pays européens – et la literie, avec des marques fortes comme Dunlopillo (Cauval) ou Epeda (Cofel). « Le gros des restructurations dans le siège est derrière nous, estime le délégué. Il ne faut pas laisser tomber les autres secteurs du meuble et investir pour améliorer la compétitivité. »

La relance passera par la montée en gamme de la production. Le marché allemand de l’ameublement atteint 31 milliards d’euros contre seulement 9,5 milliards en France, preuve de leur goût pour un mobilier plus cher. L’écoconception est une autre filière de développement pour cette industrie, à l’exemple du matelas à base de matériaux recyclés lancé par Dunlopillo.

Dominique Chapuis

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